L’effroyable complexité du littoral est un recueil de poèmes paru en extraits dans le Phylute Ombilique, et tiré à un seul exemplaire en 1999.
L’effroyable complexité du littoral
Par Arnaud Le Gouëfflec
1.
A cette occasion, redisons que l’embranchement des mollusques est un ensemble extrêmement vaste.
Panorama des invertébrés
Le littoral est effroyable
Et sa complexité, variable
Et modulable va selon
Le temps qu’il fait, c’est la saison
Qui détermine les nuances
De sa complexe arborescence
2.
Noix à écorce molle
Plastiques mous, pâtés de colle
Et autres glues aquaticoles
Tapies dans l’ombre abyssicole
Admirent la fière chignole !
O Méduse à front de console
Halogène qui caracole
Dans le gouffre hallucinogène
Où dort la faune pathogène !
O les frissons extaticoles
Et les amours extrêmicoles
Des espèces extinticoles !
Dans l’océan comme à Arcoles
On veut franchir le Rubicond
Mais jamais rien ne prend son vol
Et tout reste collé au fond
3.
Poissons phosphorescents
« Poisson à barbillon (Même s’il ne porte pas de barbillon, ce poisson porte le même nom que son voisin.) »
Les animaux des mers profondes.
Le poisson-hache des abysses
Sous sa morte lanterne
Et d’improbables fleurs de lys
Tournent dans la caverne
Mais bientôt les baudroies s’allument
Et l’ophiure clignote
Les ostracodes font l’enclume
Les étincelles sautent !
Le concombre de mer
Se gorge de lumière
Et les vagues de verre
Illuminent la serre
4.
« O crustacés de la Rivière, lamentez-vous ! »
Der sumerische und der akkadische Mythos von Inanna’s Gang zur Unterwelt
Crabe limule : il est fouisseur
Et de ses pinces monseigneur
Remue la glaise indéfinie
Pour trouver la perle jolie
Qui brûle dans les profondeurs
Crabe concis, simple arthropode
Racleur de vase et de gravas
O fier à bras des antipodes
Où le soleil s’enténébra !
(Poupart, Calappe, Etrille, Ophiane,
Tourteau, Porture et Porcellane
Métazoaire, Artiozoaire
Articulé, invertébré !)
5.
« Ainsi, des animaux vivent tout au fond de la mer,
dans un monde sans lumière et sans bruit. »
Les animaux des mers profondes.
Définition.
« Champignon comestible
Dont la masse charnue
Est jolie et sensible
Mais couverte d’épines
Aux pics mous et ballants
Tétrodon impassible
A la fesse joufflue
Mais à l’âme invisible
Au milieu du néant »
6.
« Aspect foliacé. Mènent généralement une existence libre. »
Guide de la faune et de la flore littorales des mers d’Europe.
Antennules uniraméees
Parmi les vagues aiguisées,
Sur le chemin du cimetière
Évaporé
Sous l’ombrelle de la méduse
L’œil tout bombé
Un cœur clignote et se défait
Contre l’écluse
7.
« Ordre des Saccoglosses- gastéropodes chez lesquels la masse viscérale a subi successivement une torsion et une détorsion. »
Échinoderme ambulacraire
Renflement tubulaire !
Substrat mou sur la pierre
Coussinet éphémère
Piquant conique et particules
Sous les ventouses
Tête aplatie et corps herbu
Comme pelouse
8.
« Poulpe musqué (Non illustré) »
En colonie, touffue, rameuse
En grappe folle, afflue, baveuse
Vibraculaire
Tentaculaire
La pieuvre molle
9.
« Corps plat, foliacé, plissé sur les bords, rétréci en pointe au niveau de la queue. »
Vers marins
La surface arborale
De son corps cuticule
Laisse voir un nodule
Sous son masque final
Sous la soie d’acicule
S’ouvre un point sépulcral :
Dans le gouffre spectral
Glisse un fin véhicule
10.
Mon apex s’étiole
Dans les vagues qui collent
A mon cœur pluriforme
Et les choses informes
Pour l’esprit qui s’affole
Sont un froid chloroforme
11.
« Chez la méduse comme chez le polype, la bouche mène à une cavité centrale unique »
Méduses
Le grand flotteur
Pneumatophore
Flotte dans l’or
Et les couleurs
Et sous la cloche natatoire
Son squelette corné fait voir
De palpitants reflets d’ivoire
12.
Dans mille et un supports
S’enfonce le globule
Quand la mer s’évapore
Il remonte et ressort.
Ultime effort !
Il fait des bulles
Et se stimule
Pour voir dehors
13.
« Système nerveux rudimentaire »
Sous le spécule siliceux
La cuticule en qui mieux mieux
Le sponge affable, tout baveux,
Meurt sous les cieux, contre le sable
14.
Salpa democratica. Individu solitaire.
Sous la loupe marine
Dans les vagues lunaires
Un gracieux lampadaire
Mollement se dandine
Dandy flou et filant
Dans les fils du courant
O bolet de Satan
Du confus océan !
15.
« Les adultes sont pélagiques et flottants. »
Gélatine animale
Ou glaire végétale ?
Le morceau de spolial
Sur tapis d’effoliales
Se rétracte et s’installe
Puis vomit ses glutales
(Et le doute s’installe)
16.
Mérous
Badèche bonaci, vielle ananas,
Mérou céleste, peacock grouper,
Cabot guinham, rouge rascasse,
Vielle arlequin, poisson de mer.
Le grand queue, tire bourre
Va, déploie sa caudale
Dans les flots à rebours
Et les fonds coralliens
Se retournent enfin
Comme gant de velours
17.
Facile à identifier, sa tête évoquant celle d’un cheval
op. Cit.
L’hippocampe attifé
Comme pour le spectacle
A perdu sa livrée
Et la mer s’est fermée
Comme un noir tabernacle
18.
En forme de torpille
Ou de bandonéon
Losangique estampille
En forme de canon
Assez lancéolée
Médiane et prolongée
En ses extrémités
Par deux yeux tout cornés,
Lisses ou verruqueux
Ou simplement vitreux
19.
Coquille très fine, blanche, parcheminée
En forme de sac
Ou de cornemuse
Le poulpe s’élague
S’agite et s’amuse
Le flot comme laque
Le nimbe et le coiffe
Et plisse son front
Comme accordéon
20.
Dans les eaux artificielles
Ou les fonds superficiels
Dans ce lieu très informel
Où la mer prend le soleil
Vit la triste monile
rétractile et fossile
21.
Structure d’une salpe (ordinaire)
Balanoglossus
Clavigerus
Salpa maxima !
Orifice cloacal
Orifice musculal
Appendice terminal
Estomac subliminal
22.
Sous l’épaisse tunique de son corps monodique
Bat un cœur de mollusque et ce cœur est unique !
Tonneaux de gélatine et simple arborescence
A y voir de plus prés, pélagique naissance
En plein cœur de la mer, sous les feux de la rampe,
La spectrale fusée prend des teintes d’estampe
23.
La corde est l’axe squelettique
De ce ressort anatomique
Voisins des vertébrés
Classe des thaliacées !
La notocorde est amnésique
Et le tripode phosphorique
Bat de l’aile à souhait
Dans les gouffres épais
24.
Purement marins
Simples et filins
Les animalcules
– poissons minuscules !
Vivent à l’étage
Infra littoral
Au bord de la marge
Du gouffre final
25.
Structure schématique d’un crustacé (de coupe)
Le rostre d’abord
Est son aiguillon
Son œil est son nom
Sa tête son front
Son corps un thorax
Son cœur un climax
Sa queue un moignon
Son sexe un chignon
26.
Trois feuillets cellulaires, une tête à l’envers
Sur sa pointe qu’enserre la couronne de pierre
La chenille ouvrière sculpte au fond de la mer
De sa fine rapière, un château de Bavière
27.
Bécassines de mer
Créatures orphiques
Asphodèles solaires
Dans le flot prismatique !
Floraisons éphémères
Dans les eaux lunatiques
Améthystes des mers
Au halo messianique
28.
Je contemple la mer qui se mithridatise
Tandis que l’horizon s’assurbanipalise
Et que les flots vengeurs nabuchodonosaurent
La côte matador qui pâlit sous l’effort
29.
Corallimorpharia
Corail noir à polypes
Au squelette excellent
Organisme plaisant
Sous sa cloche en tulipe
Tentacules adipes
Et fibrule à la lippe
Comme pipe d’écume
A la bouche, qui fume
30.
Ses trompes sont velues, et creusées de gouttières
Ramifiées en bonnet, comme grappe serrées
En forme de carotte, le pompon en arrière
Et son cœur décalotte un bouquet violacé
31.
En eau peu profonde
La moule gironde
Et son embonpoint
– Intestin !
Respirent sous l’onde
En bulles si rondes
Et petits sequins
– Vilebrequins !
32.
Le labre et la sybiale
Respirent au moyen
D’un poumon clavical
Et d’un cœur grégorien
A l’étage moyen
Du médiolittoral
Entre le fond marin
Et celui des humains
33.
Recette
Pattes lobées
Tête aplatie
Sous crustacé
Frêle daphnie
A l’échalote,
En papillote
– En marinade
Ou en brandade
34.
La vaguelette de dentelle
Reflue au bord de la margelle
Et se défait sur les supports
Contre les falaises fossiles
Sur le rocher qu’elle éfaufile
Ou le remous qui l’édulcore
35.
L’œil marin brûle sous la vitre
Entre les plaques sillonnées
De sa peau molle et ravinée
Sa tête tourne et la sépitre se décolle et fait tourner
Son cuir trempé
36.
La base membraneuse est plus souple en dedans
Muraille cartonnée, papier fin et vibrant
Indistincte coquille en spirale filant
Chevauchée par la pierre et la coque, mêlant
Le silice à l’argent, et l’argile au diamant
37.
Sur les rochers battus par les flots venimeux
Il se tient, convaincu de sa force et le feu
De l’écume sifflant dans les cercles marins
Le détache et le jette en plein cœur du pétrin
38.
Gris-vert-brun, pourpre enfin,
Ou nacrée sur sa fin
Elle est belle et repose
Sur son lit d’ecchymoses
Tout au bord du gradin
39.
Espèce parasite
Merle noir de la mer
A fibrule, à membrule
A percule, à stibule,
Passager illicite
Qui s’installe et se sert !
Sa carapace est granuleuse
Sa tête est creuse
Son estomac est sa vareuse
40.
Dans son armure piriforme
Que l’eau déforme
Le crabe ambule et déambule
Puis s’évanouit dans le trou d’eau
D’un marigot
41.
La physalie suceuse est la terreur des mers
Et sa tête à palmier, ramifiée et brodée
De calottes filées et d’épines cachées
Lâchement dissimule
Sous les lourds tentacules
Le venin qui l’annule
42.
Les poissons électriques
filent dans l’Atlantique
Dans la mer élastique
Et les vagues plastiques
43.
La férule veinée des modioles barbues
Leur barbille effilée, leur poitrine cousue
En filets continus se déroule et s’enroule
En anneau qui se noue par le biais du sinorphe
Sur le plectre moulé du pneumobranchomorphe
44.
Les grands poissons épicuriens
Tête pointue, sans barbillon
Mèche crépue, poil au menton
Sur fond sableux, ou dans les cieux
Intermédiaires
Flottent dans l’air
45.
La puce d’eau
Phosphorescente
Nage dans l’eau
Luminescente
Sous les néons
Phosphorescents
Des corallions
Arborescents
46.
La patelle bernique à la tranche émoussée
A la coque vernie
Sur la pierre collée, prés des flots emmêlés
Mousse et coule
Sur la roche polie
47.
Les ramifications s’effilent sur les thalles
– Thalles microscopiques- étonnant écheveau
Où l’éclipse de l’œil et son orbe spectrale
Font office de cœur, et d’âme, et de cerveau
48.
Saline pousse de bambou
Falot de vase et caoutchouc
Tête d’obus
Coque vitale
Dans le grand flux
Médicinal
49.
Fleur d’eau à coque faible
Enflée sur les rebords
Casquée, bottée, ferrée
De molles érébores
Dentelles boréales
Sur le cœur de tortue
Lanières viscérales
Sous la coque ventrue
50.
Sa colonne s’allonge
Et devient un filin
Qui s’élague et s’éponge
Et se mouche à la fin
Phénomène très beau
Calliactis en latin
Démontré de facto
Par Batham et Pantin
51.
Lors du stade larvaire
L’anémone est scindée
En trois sacs musculaires
Irrigués et nervés
La respiration
Se fait sans rémission
Par papilles dorsales
Et branchies colossales
52.
Lanterne d’Aristote
Potelée comme pomme
Philosophique somme
En forme de carotte
Singulier péristome
Au milieu des quenottes
Sulfatées, étravées
En travers de la glotte
53.
Amateur d’aliments réduits en particules
Il progresse le long du filament algaire
Et rejette au moyen de son vaste derrière
L’irréductible amas de poils et molécules
Cellules vides en rangées
Gros tas de peaux, étrons moulés
Vides capsules avalées
Par mille et uns petits valets
54.
Brouteurs d’animaux
Sur les hydroïdes
S’en viennent avides
De sang et de peau
Décollent cellules
Et sucent stibules
Puis vident le pot
Et broutent le dos
55.
Sur les grands plateaux
Sub-continentaux
Les sombres troupeaux
(Citrons et limaces)
Au bord des crevasses
Oscillent dans l’eau
Filandreuse et grasse
56.
Il pousse sa trompe tout contre son cœur
Et s’arc-boute et fend la fine demeure
Dont il se régale, qu’il brise et concasse
Dévore et défait, jusqu’au cœur, qu’il casse
Et boit goulûment , suprême douceur
57.
En paquets, dentelée, fuselée, aiguisée
Bombelée, ou cloquée, ou fendue, éventrée
Sur les cloches rochers
Aspirée, affalée, dansant, tourbillonnant,
Dans la mousse et l’élan, écaillant, coquelant,
Sur le sable collant
Avalée, et vomie, tanguelant tant que tant
Dans le flux qui pendouille, et les vagues qui mouillent
Avec se confondant
58.
Tsunamis
Tsunamis, Cataplasmes
Boue de bambou et d’ectoplasmes
De souvenirs obnubilants
Et de cadavres étonnants
Vagues ourlées, bien carrossées,
Bien ondulées, bien contournées
Fracas d’ardoise et de sésame
Vague bouillie de corps et d’âmes
Tsunamis, décoction
Mélange ou tisane, infusion !
De feuilles mortes et de cailloux
De têtes en miettes, de genoux
59.
Vers fuligineux
Sous les coupoles ténébreuses
Dans les fontaines merveilleuses
Où bat le cœur noir, monstrueux
Vers étonnants, têtes de timbres
Bien dentelées, l’œil poinçonné
D’un pic lumineux et joli
Dans les pénombres infinies
60.
Un ruban souple arbore une fleur au poitrail
Fleur de pulpe et de chair, qui scintille et clignote
Au soleil sous marin, sous la voûte en vitrail
Et s’étend, se détend, se déploie dans la grotte
La fleur prend des allures, son cœur noir se dévoile
Et furieux, se répand dans l’espace vital
Tout s’éteint, c’est fini, la fleur noire a grandi
Et se dresse, mauvaise, sur son trône spectral
61.
Vagues de chair se contournant
Puis se pliant, s’exécutant,
Tordant ses glaires en filaments
Sur le plafond du firmament
Placenta mou et tubulaire
Principe affreux, trou dans la mer
62.
Les étoiles de mer sont d’aimables torchères
Lumineuses, gracieuses, sous leur cloche éphémère
Cultivées et polies, ciselées, bien vernies
Et leurs branches velues réverbèrent la nuit
Le soleil inversé dans leur cœur évanoui
63.
Plages
Doublons sableux, sequins filant
Le long des côtes scintillant
Les plages fondent en estuaire
En plaques froides sous la mer
En perles rares, en soleils,
Disséminés, cristallisés
64.
Viscères stomacales
Dans l’outre principale
Bouillie de morve et d’os
Mélange de carrosse
Et de citrouille, sale
Mixture vénénale
Sous la croûte ventrale
65.
Les pieds de couteau
vivent à fleur d’eau
Prés d’un entonnoir
En forme de poire
Dans un tube en U
Qui gicle et reflue
Et chuinte et se mouche
Puis tourne et se bouche
66.
Un cordon bien net
Scinde le squelette
Du beau tetraflette
– Jolie marionnette
Dans l’eau tuméfiée
Il danse et s’étoile
Tournant dans l’épais
bouillon monacal
67.
Par facilitation, le muscle se rétracte
Et par élongation, il se complexifie
Et il devient un œil, par multiples torsions,
Par coagulation, puis vitrification
68.
Les éléments de ce filet se tissent
En mèches, en pinceaux,
En touffe, en écheveau
En plumeau, en cerveau,
Et les peaux qui le plissent
Lentement se durcissent
69.
Les poissons caudaliens nagent dans la forêt
Et parmi les troncs calmes, buissons apaisés,
Le requin cérébral, dont le flanc noir scintille
Trace un sillon d’effroi, de sa queue qui godille
Mille fleurs apprêtées brillent dans le silence
Et des algues jolies dans leur luminescence
Tanguent sur le passage du sinistre animal
Dans l’éclat sépulcral du tombeau végétal
70.
Les pièces buccales
Sont des mandibules
Ou des maxillules
Des maxillipèdes
Ou des millipèdes
Ou simples maxilles
En formes de vrille
71.
Sous ses branchies en houppe
Les parapodies portent
Des soies (en vue de coupe)
Garnies de griffes mortes
Et molles qui pendouillent
Au bord de la citrouille
72.
Coquille bombée
Et triangulée
En forme de conque
Capsule veinée
Sa chair est tissée
Voilée comme jonque
73.
Dans les grands ganglions tout collés et mêlés
Dans le sac ficelé, agrafé et cousu
Tout au cœur de la couche, dans les fils emmêlés
Vit le crabe discret, qui pianote et remue
74.
La densité de ce vers peut atteindre de 3 à 4 millions d’individus à l’hectare
Panorama des invertébrés
Lombric côtier
Chose molle et curieuse
Création mystérieuse
Bout de terre et d’écume
Qui tortille et s’allume
Dans le grand courant d’air
Élastique et mobile
Malléable et docile
Lombric, mort et séché
Ou vivant, tortillant
Bout de pierre amolli
Bout de terre assoupli
Lombric mou et fini
Déchiré, qui revit
75.
Sur la base de l’Axone
Cellule voisine et pourtant étrangère
Sans éclat, simple, atone
Tordue dans les flux et reflux de ses nerfs
Mauve moche et puis jaune
Et blanc d’œuf pondu dans les eaux qui l’enserrent
76.
Mollusque filibranche
En habits du Dimanche
A diadème vibrant
Et papilles ronflant
Mollusque cristallin
Sous sa coque d’airain
Comme cloche de Pâques
Ou Coquille saint-Jacques
77.
Entre les piquants marginaux
Du sombre casque
Dans les fluorescents anneaux
Qui le démasquent
Cligne l’œil noir sous le cerceau
De son corps flasque
78.
Mollusque gastropode à coquille conique
Amphibien mi-schisteux, mi-mielleux, pièce unique
Petit soldat tout rond, baïonnette et clairon
Sur la tête un pompon, sur la bouche un bâillon
79.
Champignons aquatiques
Dans le noir, lumineux
Réverbères pratiques
Dans les flots ténébreux
Animaux éthériques
Sur les fonds mystérieux
80.
Ailerons caméristes
Balayette et poubelle
Les poissons chrysolistes
(Simples traits, vermicelles)
Vont racler les fonds mous
Les dos ronds, le dessous
Des énormes baleines
Qui sont leurs noirs mécènes
81.
Sessile
Sessile est le contraire
De libre, sur la pierre,
Ou sur le sable, ou sur
La terre, comme œuf dur
Comme omelette ou sur le plat
Des côtes, des galets, des rochers plats
82.
Il est tout recouvert d’écailles sérieuses
Porte chapeau melon, cravate de notaire
Plastron de glaire blanche, jabot, ceinture en fer
Et dentelles autour de sa vessie graisseuse
83.
Satan des eaux intermédiaires
Dont les caudales sont fourchues
Tout ventru, tout joufflu, tout nu
Tout palpitant de reflets verts
Poisson baudruche sans piquants
Portant au front deux cornes fines
Qui s’entortillent gentiment
Sur ses joues roses de Dauphine
84.
Segment porteur de soies
Chez les vers polychètes
Colombin noir et droit
Sous la lune, tout froid
Pierrot dur et fendu
Pantalon chevelu
Scapin muet et fané
Et Clitandre éventré
85.
Les œufs, les larves, les méduses
Plancton fouillis, jungle confuse
Où l’œil découvre en grossissant
D’autres poissons, fluant, vibrant
Puis d’autres choses, sous la loupe
S’entremêlant, cordon, étoupe
Fils infinis et mélangés
Jusqu’à la corde, qui s’élime
Jusqu’au plus sombre de l’abîme
86.
Frais rouleau translucide
Encerclé, couronné
Tunnel bleu ou viride
Dans les vagues dorées
Sous l’écume argentée
Et les fonds plafonniers
87.
Discoïde élément, sphère plate et coulant
En ventouse évoluant, contre l’eau se collant
Visage rond et sympathique
O clair de lune albuminique
Cercle total, vision mystique !
88.
Dans les ténèbres abyssales
Et les crevasses infernales
Où l’eau se mue en noir linceul
Le grand calmar cligne de l’œil !
89.
Noyé
Jarre à pattes
Bien gonflée
Bien craquée
Corps tout blanc
Amolli
Affadi
Corps qui flotte
Bouée molle
Et Guignol
90.
La cloche à lamelles
Renferme un secret
A jamais scellé
Couvercle fermé
Parfois soulevé
(très bref)
Couvercle de croûte
Fermant comme voûte
la nef
91.
Les petites larves
Aux bras bilobés
Nagent sous l’étrave
Dans les flots noués
Dans l’eau multiforme
Les nœuds se défont
Des choses énormes
Glissent par le fond
92.
Ombrelle en forme d’assiette
Tête de couteau, organe en fourchette
Touffe, poils, serviettes
Squelette en plateau
Dont les bras buccaux
Ramassent les miettes
93.
L’épais tapis muqueux renifle et remugle
Sous les pieds podiques d’une langoustine
Étrange animal, qui dans le combat,
Déchire sa proie, s’arrête et s’incline
Silhouette massive, bizarre
Proche de celle du homard
Décapode fort, et marcheur
Guerrier, architecte, arpenteur
94.
Foudroyante et tournante
En spirale fondante
Qui bientôt se défait
Jaillissante et giclante
Tsunami, déferlante
Sur les pauvres galets
Rougeoyante un moment
Prend des teintes de sang
Et s’effondre en paquets
Sur la plage égorgée
95.
Sa trompe porte des dents libres
Son corps est un étron qui vibre
Il se nourrit de coquillages
Un vaisseau rouge se tortille
Sur son dos mou, entre les plis
Tout soulignés de cartilage
Adulte il vit dans la coquille
D’un buccin mort, et c’est la nuit
Qu’il s’aventure sur la plage
96.
L’introvert porte des papilles
Huit tentacules qui font mouche
Et qui bourgeonnent sur sa bouche
Sous la moustache qui frétille
97.
Les tubes sont remplis
De vase et de débris
Moelleux
Quand leur tête se veine
Ils se gonflent et deviennent
Affreux
98.
Leur carapace étincelante
Luit sous la lune, étonnamment,
Et leurs deux pinces métalliques
Craquent au vent, crépitent, cliquent
Les pattes piquent dans la vase
Vase de soie, tapis de gaze
Ondulant par effet d’optique
Sous les étoiles électriques
99.
Tubes verts dégonflés
Fausse forêt
Canevas compliqué
Déjà défait
Regonflé, puis crevé
Dans les flots déformants
Toujours se transformant
100.
Aquarium
Sous la surface diamantée
Des flots gelés
Tout est figé, poissons dorés
Algues d’acier
Sable argenté, eau vitrifiée
Bateaux collés.
Bibliographie
Guide de la faune et de la flore littorales des mers d’Europe, A.C Campbell, James Nicholls, ed Delachaux et Niestlé
Panorama des invertébrés, J.E Smith, R.B. Clark, G. Chapman, J.D. Carthy, Ed. Rencontre
